Fichier TAJ :  Comment obtenir l’effacement d’une ancienne procédure pénale ?

Une affaire classée sans suite, un non-lieu ou même une relaxe ne fait pas toujours disparaître les données enregistrées dans le traitement des antécédents judiciaires. Cette inscription peut ressurgir lors d’une enquête administrative et compromettre un emploi, un agrément ou une habilitation. L’effacement est possible, mais il doit être demandé et solidement motivé.

« Je n’ai jamais été condamné. Pourquoi cette ancienne affaire me poursuit-elle encore ? » La question revient lorsque l’administration refuse une carte professionnelle, une autorisation d’accès à une zone sensible ou un recrutement dans certains secteurs. Le casier judiciaire est pourtant vierge. La difficulté vient souvent d’un autre fichier, beaucoup moins connu : le traitement des antécédents judiciaires, plus couramment appelé TAJ.

Le TAJ n’est pas un casier judiciaire bis. Il s’agit d’un fichier de police judiciaire alimenté au cours des enquêtes. Il peut contenir les données d’une personne mise en cause même lorsque la procédure n’a pas abouti à une condamnation. C’est cette différence qui explique qu’une affaire juridiquement terminée puisse encore produire des effets très concrets plusieurs années plus tard.

Ce que contient le fichier TAJ

Les articles 230-6 et suivants du Code de procédure pénale autorisent la police nationale et la gendarmerie nationale à enregistrer des données recueillies au cours des enquêtes de flagrance, des enquêtes préliminaires ou des investigations menées sur commission rogatoire [1]. Le fichier peut concerner les personnes à l’encontre desquelles existent des indices graves ou concordants rendant vraisemblable leur participation à une infraction. Il contient également des informations relatives aux victimes.

Une inscription au TAJ ne signifie donc pas que la personne a été reconnue coupable. Elle indique qu’elle a été enregistrée dans une procédure, selon une qualification et un statut déterminés. Or cette nuance, essentielle en droit, devient parfois invisible lorsque le fichier est consulté dans un cadre administratif.

Le TAJ est d’abord utilisé pour les besoins des enquêtes judiciaires. Il peut aussi être consulté, dans les cas prévus par la loi, à l’occasion de certaines enquêtes administratives : accès à des emplois sensibles, exercice d’activités privées de sécurité, délivrance de titres ou d’habilitations. Une donnée ancienne, inexacte ou insuffisamment mise à jour peut alors peser sur une décision sans apparaître sur le bulletin n° 2 du casier judiciaire.

Classement sans suite et relaxe ne produisent pas les mêmes effets

L’article 230-8 du Code de procédure pénale distingue plusieurs hypothèses [2]:

• Après une relaxe ou un acquittement définitif les données concernant la personne mise en cause doivent en principe être effacées. Le procureur de la République peut toutefois décider de les maintenir. Elles font alors l’objet d’une mention et la personne doit être avisée de ce maintien.

• Après un non-lieu ou un classement sans suite l’inscription n’est pas automatiquement supprimée. Les données font en principe l’objet d’une mention. Le procureur peut néanmoins ordonner leur effacement.

• Après une requalification judiciaire la rectification est de droit. Si les faits ont été enregistrés sous une qualification qui ne correspond plus à la décision finalement rendue, le fichier doit être mis à jour.

• Dans les autres situations une demande reste possible, mais elle n’est recevable que lorsqu’aucune mention de nature pénale ne figure plus au bulletin n° 2 du casier judiciaire.

La mention apposée après un non-lieu ou un classement sans suite a un effet précis : les données ne peuvent plus être consultées dans le cadre de certaines enquêtes administratives. Cette protection est utile, mais elle suppose que la mise à jour ait réellement été effectuée. Elle ne remplace pas toujours l’effacement, notamment lorsque l’exactitude du fichier ou ses conséquences demeurent contestées.

Qui peut demander l’effacement ?

La personne concernée peut saisir le procureur de la République territorialement compétent. Elle peut également adresser une requête au magistrat désigné par le ministre de la Justice pour suivre la mise en œuvre et la mise à jour des fichiers d’antécédents, conformément à l’article 230-9 du Code de procédure pénale [3].

La demande peut être présentée sans délai après une décision définitive de relaxe, d’acquittement, de non-lieu ou de classement sans suite. Il en va de même après une condamnation assortie d’une dispense de peine ou d’une dispense de mention au casier judiciaire. Dans les autres cas, la recevabilité dépend de l’absence de mention pénale au bulletin n° 2.

Le procureur ou le magistrat compétent doit se prononcer dans un délai de deux mois. Ce délai légal ne dispense pas le demandeur de conserver la preuve de l’envoi et de la réception de sa requête.

Une demande utile doit être documentée

Une lettre limitée à la formule « je demande l’effacement de mon TAJ » risque de ne pas suffire. L’autorité examine la demande au regard de la finalité du fichier, de la nature et des circonstances de l’infraction, ainsi que de la personnalité de l’intéressé. Le dossier doit donc permettre de comprendre à la fois l’issue judiciaire de l’affaire et la raison pour laquelle le maintien de l’inscription n’est plus justifié.

Il convient d’identifier précisément la procédure : juridiction ou parquet concerné, numéro de procédure lorsque celui-ci est connu, date des faits, qualification retenue et décision intervenue. La copie du classement sans suite, de l’ordonnance de non-lieu, du jugement de relaxe ou de l’arrêt d’acquittement doit être jointe.

La situation personnelle mérite également d’être expliquée sans exagération. Ancienneté des faits, absence de nouvelle procédure, stabilité professionnelle, formation suivie, projet d’emploi ou refus administratif déjà reçu peuvent éclairer la demande. Lorsque l’inscription compromet une activité déterminée, il est utile de produire les pièces qui établissent ce lien : promesse d’embauche, courrier d’une administration, demande d’agrément ou décision défavorable.

Enfin, la requête doit préciser ce qui est demandé. Selon le dossier, il peut s’agir d’un effacement, d’une rectification ou de l’ajout d’une mention empêchant certaines consultations administratives. Ces trois mesures ne se confondent pas.

Que faire en cas de refus ?

La décision du procureur de la République peut être contestée devant le président de la chambre de l’instruction. Lorsque la décision émane du magistrat mentionné à l’article 230-9, le recours relève du président de la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris.

Le recours ne consiste pas à renvoyer la même demande. Il faut discuter les motifs du refus, reprendre les pièces utiles et montrer en quoi le maintien des données est disproportionné ou repose sur une information inexacte, incomplète ou insuffisamment actualisée. Les délais et les formes de saisine doivent être vérifiés dès la notification de la décision.

Une difficulté supplémentaire apparaît lorsqu’aucune réponse n’est reçue. L’absence de courrier ne permet pas de conclure que les données ont été supprimées. Il faut relancer l’autorité saisie, établir la date de réception de la demande et, selon la situation, envisager la voie de recours adaptée.

Le rôle de l’avocat

Le premier travail de l’avocat consiste souvent à reconstituer l’histoire exacte de la procédure. Une personne peut se souvenir d’un classement sans suite sans connaître son motif, ou confondre une absence de poursuite avec une relaxe. Or le régime de l’effacement dépend directement de la décision rendue.

L’avocat peut ensuite qualifier la demande, réunir les justificatifs, exposer les conséquences concrètes de l’inscription et saisir la bonne autorité. En cas de refus, il peut exercer le recours devant le président de la chambre de l’instruction et répondre aux arguments tirés de la nature des faits ou de la finalité du fichier.

L’effacement du TAJ n’est donc pas une formalité automatique. Mais il ne doit pas non plus être considéré comme exceptionnel. Lorsqu’une affaire s’est achevée sans condamnation ou que le maintien des données n’est plus justifié, la loi offre une procédure précise pour demander que le fichier reflète enfin la réalité judiciaire.

Ce qu’il faut retenir

Un casier judiciaire vierge ne garantit pas l’absence d’inscription au TAJ. Après une relaxe ou un acquittement, l’effacement est le principe, sous réserve d’une décision de maintien. Après un classement sans suite ou un non-lieu, une mention est normalement ajoutée, mais l’effacement peut être demandé. La requête doit identifier la procédure, produire la décision rendue et expliquer concrètement pourquoi le maintien des données n’est plus justifié.

Sources

[1] Code de procédure pénale, articles 230-6 et 230-7, fichiers d’antécédents.

[2] Code de procédure pénale, article 230-8, version en vigueur : https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000037825603

[3] Code de procédure pénale, article 230-9 : https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000037825598

[4] Code de procédure pénale, articles R. 40-23 et suivants, traitement des antécédents judiciaires.

Maître Myriam Driouch

Avocat au Barreau de Paris

 

Myriam Driouch

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